Sélection d'articles
10 août 2004
sf-station
San Francisco
Nirmala Nataraj
GOTTFRIED-HELNWEINS-THE-CHILD-INNOCENCE-LOST
L'enfant par Gottfried Helnwein – l'innocence perdue
Au-delà de son traitement de motifs d’enfants communs – poupées, jouets et des nymphes ambivalentes – la vision du peintre autrichien Gottfried Helnwein est enveloppée dans une aura d’obscurité énigmatique. Avec ses gigantesques portraits en couleur de bébés mort-nés ; peintures qui juxtaposent photographies de l’ère Nazie avec ses propres images ; et peintures d’enfants déformés, aux visages misérables emmaillotés en bandages, Helnwein est préoccupé avec le souffre indélébile qui reflète les aspects plus délicats de la jeunesse. Ces travaux sont d’une merveille irritative et baignés en pathos, justement parce que les spectateurs sont tout de suite conscient de la menace plus grande qui veille dans les œuvres : la rupture de l’innocence.
Epiphany II (Adoration of the Shepherds)
mixed media (oil and acrylic on canvas), 1998, 210 x 310 cm / 82 x 122'', de Young Museum, San Francisco
La série de travaux de Helnwein appelée « The Child » (l’enfant) est actuellement en exposition à la légion d’honneur. Constituée de 29 peintures, 15 dessins /aquarelles et 20 photographies crées pendant une période de 35 années, son œuvre souligne les blessures physiques et psychiques infligés sur les irréprochables. Avec des sous-titres comme guerre et exploitation sexuelle, Helnwein a produit une parable inquiétante d’innocence perdue.
Helnwein est habitué aux réactions violentes à ses travaux. En 1998, pour le 50ème anniversaire de la Kristallnacht, le début du holocauste juif, Helnwein finançait sa propre exhibition pour rappeler aux gens les horreurs de l’ère. Figurant une série de portraits d’enfants à grande échelle représentants les diverses ethnies en Allemagne au temps du troisième Reich, Helnwein appelait son travail Selektion, pour souligner la pratique nazie de sélectionner des gens « soushumains » pour l’extermination. Pendant que des invectives ont été jetées à Helnwein pour son « exploitation » d’images d’enfants pour des intentions morbides, Selektion est un rappel persuasif de l’innocence et de son prix exigé quand les gens choisissent d’escompter la grave réalité de la souffrance et de la cruauté.
L’enfant illustre une continuité dans les thèmes de Helnwein, surtout dans ses séries grandes, monochromatiques « Epiphany » (Epiphane). Dans « Epiphany I: Adoration of the Magi » (Epiphane I : Adoration du mage) (1996), un groupe de soldats du SS contemplent adorablement une femme placide qui tient un bébé nu dans son giron. Partiellement rédempteur et partiellement ironique, c’est une grotesque réitération de la tradition originale de nativité. Helnwein avait utilisé une photographie archivée sur laquelle la personne à la place de l’enfant était originalement Hitler. Pendant que la peinture est déconnectée d’une narration discrète et qu’on ne saurait pas nécessairement, par observation, que les hommes sinistres dans la pièce sont des soldats du SS, le travail de Helnwein est traduit avec une vénération oppressive qui n’est pas tout de suite apparente. D’après Helnwein, « Il y a beaucoup de liaisons entre le troisième Reich et les églises chrétiennes en Autriche et en Allemagne » ; la complicité morale d’institutions dignes de confiance est la source de sa brillante satire noire.
Alors que son exposition portraite surtout des enfants, Helnwein est profondément intéressé par le monde fantastique d’un enfant, qui évoque à la fois peur et répulsion. Dans « Midnight Mickey » (Mickey de minuit) (2001), une représentation statique d’un caractère de bande dessinée populaire expose la violence inhérente dans des icônes animés en éliminant la possibilité d’une pointe humoristique. Gonflé à une échelle terrible et réalisé dans un palette de gris sombre, « Midnight Mickey » est déformé physiquement, son sourire jovial habituel tordu dans un regard lascif menaçant qui induit des rêves effrayés de choses qui se heurtent pendant la nuit.
Des travaux plus anciens de Helnwein, comme « Sunday’s Child » (Enfant du dimanche) (1972) sont un sombre tour de forces de bandes dessinées – fantaisies absurdes revêtis de hyperréalisme et des commentaires agressives. « Sunday’s Child » figure un canard halant un sac à dos qui bave sur une sucette, et une fille adolescente en tenue d’hiver se tenant devant une vitre de magasin couverte de publicités et autres symboles de consommation de masse. L’expression sur son visage ne peut pas être lue – sa langue déborde en ce que pourrait être soit un geste lascif ou une indication de pure plaisir. En effet, le travail est confondu par indétermination : Nous pouvons voir des ruisseaux de sang couler vers le bas de la jambe de la fille, mais nous ne savons pas si elle est victime d’une violence sexuelle ou une première menstruation.
Les travaux plus récents de Helnwein sont plus doux, plus concernés avec la spécificité de son sujet. « Child of Light II » (Enfant de lumière II) (1972) est une documentation photographique dans laquelle une toile d’araignée de lumière rayonne de la tête et des mains d’une jeune fille couverte en bandages et tubes autour de son visage. C’est une image qui implique à la fois beauté et mort, dans laquelle l’enfant est héroïsé par son stigmate rayonnant d’elle-même.
« Head of a Child V » (Tête d’un enfant V) (1998) est submergé dans le même drame silencieux qui accompagne les peintures photographiques de Helnwein plus tard. Détaillé jusqu’aux pores même de la peau de la jeune fille, le premier plan de son visage est éclaté avec un rougeoiement saint. Ses yeux sont fermés, mais ses sourcils sont ridés, lui accordant une mine contemplative qui est à la fois sévère et paisible.
La série « Angel Sleeping » (Ange dormant) (1999) de Helnwein offre quelques images colossaux de ce que parait être soit des bébés mort-nés ou des fétus. S’étendant du déformé et lépreux au éthéré et sommeil paisible, les images de Helnwein dépassent leurs grotesques implications et sont baignés dans une tranquillité amniotique et vénération compatissante. Helnwein parait ne plus être investi dans une analyse politique ouverte, mais dans le rythme subtil de l’expérience humaine.
Helnwein disait toujours qu’il peignait des enfants parce qu’ils symbolisent l’humanité mieux que les adultes. Peut être que c’est comme ça, mais peut être les images de Helnwein sont si profondément troublants à cause de la disparité entre le portrait d’enfants – dans toute leur pureté idéalisée – et le portrait de la souffrance. Son travail est un commentaire hypnotisant non seulement sur l’exploitation d’enfants dans notre culture, mais aussi sur le vide émotionnel et la torpeur morale, qui nous impliquent trop souvent dans la peine des autres. En mélangeant consciemment ces thèmes de pureté et de culpabilité, Helnwein a présenté des examinateurs avec un moyen désorientant mais aussi provocateur d’appréhender à la fois histoire et souffrance.
I Walk Alone
mixed media (oil and acrylic on canvas), 2003
On exhibit through November 28th
at California Palace of the Legion of Honor
34th and Clement
Phone: 415.863.3330
Hours: Tue - Sun (11 am - 6 pm)
www.thinker.org/legion




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